Le voyage d’Obama en Inde

Le Président Obama était en Inde à l’occasion du Republic Day, l’équivalent indien de notre 14 juillet.

 Cette visite, extrêmement médiatisée, a eu un double impact  - économique d’abord : les Etats Unis ont conclu un accord de principe pour vendre à l’Inde des centrales nucléaires, ce qui entend des énormes contrats à la clé. Le premier ministre indien a en effet accepté d’assouplir la législation indienne qui prévoit que les constructeurs de centrales nucléaires soient responsables en cas d'accident, une clause jugée trop sévère par les groupes nucléaires américains. L'Inde proposerait la mise en place d'un "pool d'assureurs" qui indemniserait les constructeurs en cas d'accident, Mr Narendra Modi s’est également personnellement engagé à faciliter l’implantation des industries américaines en Inde, qui jusqu’ici se sont heurtées à la légendaire bureaucratie indienne et la complexité de ses lois  souvent archaïques. Ainsi les échanges commerciaux entre les deux géants qui ont pratiquement quintuplé depuis 2000 et s'élèvent désormais à 100 milliards de dollars par an, vont certainement  doubler dans les deux années à venir - selon les dires de Mr Obama.

 Politique ensuite : dès son arrivée au pouvoir Mr Modi, pour contrecarrer la Chine, qui a encerclé l’Inde, de la Birmanie, où elle a construit un  port en eau profonde pour ses navires de guerres, au Pakistan, à qui elle a fourni l’arme nucléaire, s’est empressé de visiter tous ses voisins d’Asie avec qui la Chine est en conflit territorial et maritime : le Japon,  le Vietnam, les Philippines, le Bhoutan… ceci n’a pas manqué d’attirer l’attention de Washington, qui cherche depuis longtemps un partenaire pour contrecarrer la puissance militaire et économique de la Chine en Asie.

 Encore un fois nous Français nous nous retrouvons à la traine, alors qu’il y a quelques années, nous bénéficions d’une cote de sympathie bien supérieure à celle des Américains, qui avaient boycotté l’Inde à la suite des essais nucléaires de 1998. Areva est à la poursuite depuis longtemps de ces contrats nucléaires, mais pourrait bien maintenant se faire souffler le gâteau indien., Excepté sans doute Jacques Chirac, aucun président français n’a eu la vision de du potentiel économique de l’Inde, prochain géant d’Asie dont on dit que la croissance - de 7% pour 2015 - pourrait dépasser celle de la Chine d’ici cinq ans. La vente de 127 Rafale, qu’on a qualifié de ‘contrat du siècle’, pourrait également tomber à l’eau, Dassault Aviation (à mon avis à raison) ne voulant pas prendre l’entière responsabilité de la fabrication par HAL de 108 des 126 exemplaires de l’avion de combat qui seraient produits sur place par celui-ci. De plus, les Russes on offert leur Su-30MKI, pour la moitié du prix d’un Rafale. Enfin l’Inde est mécontente de la non livraison des porte-hélicoptères Mistral à la Russie, estimant selon une source du ministre indien de la défense « que la France ne respecte pas ses engagements ».

 A qui la faute de cette méconnaissance – de ce mépris presque de l’Inde : aux indianistes français du CNRS et de l’EHESS, bien sûr, payés par l ‘état pour renseigner les Français sur l’Inde, mais qui depuis des décennies nous ressassent seulement les problèmes d l’Inde : la pauvreté – alors qu’il y a plus de milliardaires en Inde que dans toute l’Europe et que sa classe moyenne va dépasser les 300 millions cette année ; les castes - alors que l’Inde aspire à sortir des castes et que le premier ministre indien sort d’une basse caste ; le fondamentalisme hindou - un contresens absolu, car les hindous respectent toutes les religions et toutes les minorités persécutées on trouvé refuge en Inde, les adorateurs de Zoroastre, les Juifs, les Arméniens, les Tibétains aujourd’hui, etc…. Le chef de file  de ces indianistes, Christophe Jaffrelot a passé toute sa carrière à  diaboliser les hindous ainsi que l’actuel premier ministre, Narendra Modi et continue à dire, lors de ses conférences, que l’Inde n’est qu’une ‘soft power’, sans conséquence, alors que l’Inde est une île de démocratie pro-occidentale en Asie, un paravent contre le fondamentalisme islamique qui va de l’Indonésie à l’Afghanistan et le seul pays qui puisse faire contrebalance à la tentation d’hégémonie de la Chine.

 Alors, allons nous restés endormis ? IL est temps que François Hollande prévoit une visite en Inde et que notre ministre des Affaires étrangères s’occupe de donner des dates pour le voyage de Narendra Modi en France prévu en avril.

François Gautier

 * Ancien correspondant du Figaro en Asie du sud, rédacteur en chef de la Revue de l’Inde publiée par les Editions de l’Harmattan, auteur de « Quand l’Inde s’éveille, la France est endormie » (Editions du Rocher 2013)